Tiens justement, le site a connu quelques soucis dû au firewall de l’empire chinois ! Au moment où nous allions vous compter nos deux excursions les plus obligatoires lorsque l’on vient jusqu’à Beijing : la cité interdite et la grande muraille. Curieuse coïncidence !
Bref !

Il faut savoir que depuis 6 ou 7 siècles avant JC, l’empire du milieu, avait déjà cette idée de se protéger du monde extérieur en élevant autour de lui une gigantesque muraille. Déjà longue de près de 5000 kms (qu’était-ce donc que cette ridicule ligne Maginot que certains militaires français avaient fait sortir de terre en plein 20ème siècle ?), la grande muraille est renforcée 2 siècles environ avant notre ère (chrétienne) puis laissée quelque peu à l’abandon avant de retrouver sa gloire sous la dynastie Ming. Les Ming furent les empereurs de la renaissance chinoise dès le milieu du 14ème siècle et ils eurent à affronter les redoutables Mongols. Ces envahisseurs venus du Nord ont livré de nombreuses batailles et, montés sur leurs chevaux, se sont retrouvés face au mur !
Alors quand nous grimpons à bord d’une télécabine (importée d’Autriche), nous sommes emplis d’une envie de savoir ce qui rend ce mur si célèbre dans le monde entier. Il serpente entre les montagnes (collines plutôt pentues en vérité) et on a du mal à croire que des hommes pouvaient le franchir tant la défense semble organisée. Des tour de guet, des portes séparant les tronçons, une végétation difficile à pénétrer, bref l’armée de l’empereur se trouvait en position de force.

Parcourir 3 kilomètres de ces remparts à la chinoise est déjà une épreuve. Il fait horriblement chaud et humide, et surtout, il y a davantage de chinois sur la muraille que de cavaliers dans toute la Mongolie ! Nous cheminons péniblement jusqu’à un fantastique escalier menant à une partie haute du mur. Challenge pour tous, nous grimpons environ une vingtaine d’étages pour atteindre The point de vue de cette journée, avec la satisfaction d’enfants ayant battu leur record d’escalade. Nous sommes dégoulinants de sueur. Tout se paye en liquide ici…

Et donc, le chinois est prudent… En tout cas à cette époque, il est convaincu que des murs le conserveront à l’abri du monde extérieur. Aujourd’hui encore, il interdit les réseaux sociaux américains, tandis que le grand Donald érige des barrières douanières pour endiguer l’invasion des produits manufacturés par la Chine. Alors il en fait de même dans la capitale : il construit une enceinte isolant complètement l’empereur (et sa cour) du reste du globe. C’est ce que nous appelons aujourd’hui la Cité Interdite.

Que vous dire de cette visite qui vous prendra au moins trois heures ? C’est un long parcours au milieu d’une foule immense qui afflue comme un tsunami continu par tous les escaliers, toutes les portes qui se sont ouvertes avec la fin des dynasties d’empereur. D’un palais à l’autre, on se presse pour voir le trône de l’empereur, imaginer les servitudes de sa fonction et surtout de ses fidèles serviteurs qui l’habillent, le nourrissent et l’exhibent à ses visiteurs. Dirige-t-il un empire depuis ces murs là ? Comment peut-il réellement rester au contact d’une population dispersée sur des milliers de kilomètres ? Artistes, commerçants, dignitaires étrangers se pressent pour obtenir ses grâces. Nous terminons la visite par les jardins impériaux, havre de paix à son époque, mais soudainement envahis par une horde touristique fatiguée par la marche et la chaleur.

Tout est majestueux dans cette cité interdite au peuple pendant des siècles : les toits, les animaux qui gardent les palais, les cloches, les immenses vasques en bronze, les cours intérieures des maisons encerclant les palais. Le décor est superbe et conserve cette dignité, un sens du divin que les temps modernes n’effaceront pas, même si le commerce a pris ses droits et propose boutiques et attractions diverses à chaque coin de mur.

Que sont ces murailles, ces murs, à une époque où chaque visiteur a payé son billet avec son smartphone et a rempli ses comptes sociaux de dizaines de selfies ? Le monde entier voit ce que font les chinois et ce qu’est leur culture. Il n’y a pas de muraille pour empêcher cela. Aussi une réflexion s’impose à nous, sur l’ouverture au monde extérieur, du plus peuplé des pays, un danger étranger qu’il dénonçait hier. Elle donne à sourire face aux montées de protectionisme qui assaillent les peuples européens et le grand Donald dans un même élan.
Inutile de vous dire que les chinois rient en nous voyant foncer dans le mur !…