Il y a bien longtemps, le royaume du Siam fut dirigé depuis cette cité, située à environ 370 kms de Bangkok. Un lieu bien plus calme et certainement plus agréable que la capitale de la Thaïlande, peuplée de 10 millions d’habitants se déplaçant majoritairement en véhicules motorisés et pétaradants.
Les rois du Siam avaient donc choisi de s’établir en bordure de rivière, dans une vallée verdoyante qui leur offrait certainement un peu de fraîcheur sous ce climat chaud et humide que nous commençons à apprivoiser au fil des jours. Il s’agit de Old Sukhothaï, et non de sa version moderne, installée à une douzaine de kilomètres plus à l’Est. Si d’aventure, tu venais dans cette région, choisis la vieille ville comme lieu de résidence, car la route à parcourir pour visiter le parc national historique est absolument sans intérêt, voire pénible.
Au contraire, si tu es quelque part dans un hôtel sympathique à quelques centaines de mètres du coeur de ce royaume, tu pourras profiter du moyen de locomotion le plus doux qui soit : le vélo. Un vélo tout pourri comme celui que nous empruntons (gracieusement) chaque jour et qui fait le job, sans changement de vitesse, sans trop de freinage, sans lumière mais avec un porte-bagage ! C’est tellement bon de rouler à 10 à l’heure. C’est très suffisant pour créer l’illusion d’une brise légère et rafraichissante et pour te rendre là où tu le souhaites, c’est-à-dire, pas loin du tout.



Le cycliste passionné sera sans doute frustré mais il pourra tout de même s’amuser sur un chemin fléché reliant la vieille à la nouvelle ville, en traversant les champs et même quelques sites curieusement cachés de la route principale.
Le parc historique renferme dans une enceinte de douves emplies d’eau et de nénufars, plusieurs temples réparties sur quelques kilomètres carrés. C’est tout l’art du royaume qui s’exprime ici pendant quelques siècles entre la fin du XVème et le XVIIème de notre ère. A cette époque, la richesse du pays provient essentiellement de la ferveur des bouddhistes qui donnent beaucoup et permettent ce rayonnement culturel. Il doit aussi se défendre de l’envahisseur birman qui vise une hégémonie régionale sans cesse contestée. Comme tu le verras en arrivant en pays Lanna (dont Chiang Mai est devenue la capitale), l’occupant à tenter d’imposer ses lois et notamment en pillant quelque peu la richesse du bouddhisme local.



Alors nous nous arrêtons ici où là, pour admirer les buddhas de toute sorte et de toute taille, qui ornent les temples et symbolisent par leurs postures impérieuses, la sagesse et la méditation. Dans les temples plus actuels, que nous visiterons dans chaque ville, la vie de Buddha est peinte sur des murs, et il est plus que fréquent de le voir assis sous un arbre immense. Tu verras partout des arbres de taille imposante entourés de rubans jaune ou orange, et cela t’indique l’importance de la pérennité mais aussi de la verticalité dans ce monde. Car Buddha lui-même a eu besoin de 7 jours et 7 nuits, assis est méditant sous cet arbre, pour atteindre cet état d’illumination que nous pourrions appeler Nirvana.
Pour autant, ce ne fut pas sa seule performance hors du commun des mortels, et il est célébré pour de très nombreuses prouesses dignes des miracles monothéistes. Buddha est ainsi partout autour de nous.

Ses enseignements, ses paroles divines, sont la base de la société, encore aujourd’hui. Il est inscrit quelque part, que cela ne durera pas au-delà de 5 000 ans, à compter de sa disparition. Et ici, en Thaïlande, comme dans les âtres pays d’inspiration bouddhiste, nous en somme déjà à la moitié. Alors, ces moments restaurés depuis moins d’un siècle, ce parc devenu patrimoine de l’humanité et classé par l’Unesco, mérite un peu de temps, un peu de respect.
Nous lui accordons sans hésiter. Deux jours sont mieux qu’une excursion rondement menée en minivan, même accompagné par un guide. Nous sommes tranquilles, nous marchons lentement. Cette lenteur volontaire permet de découvrir quelques détails, de s’émerveiller des sculptures, des effets de couleurs, de la parfaite symbiose entre les pierres et la nature verdoyante, entre le ciel et l’eau.
Ici commence la Thaïlande.