A nos lecteurs assidus, toutes mes excuses, il y a eu un temps mort dans la publication. La route a été longue et parcourue avec intensité, rendant nos journées chargées et réduisant à néant le temps disponible pour l’écriture. C’est dommage, mais les souvenirs intenses, et les notes prises, restent frais et de nature à t’emmener te promener tout à l’Ouest de cet immense pays.

Après Seattle, cette douce anomalie dans les villes américaines, nous avions donc prévu de découvrir l’Orégon. Un état peu connu ici en Europe, qui réserve bien des surprises et des sites d’une beauté intrigante. Et, comme nous avions hâte de revoir l’océan pacifique, il nous est apparu vital de commencer la descente vers le Sud et la Californie, par la côte. La fraicheur est au rendez-vous. L’air iodé aussi. Il nous fouette le visage comme une brise bretonne. C’est bon après déjà deux semaines dans la chaleur d’un été particulièrement sec aux USA. Le brouillard nous accueille à l’approche des plages, au sortir d’une route qui traverse des étendues enfin vertes.

Notre idée est de mettre les pieds dans le sable à Cannon Beach. Avant d’y parvenir, nous longeons la Columbia River, qui se jette dans l’océan, non loin de Astoria située à son embouchure sur la rive sud. Ce fleuve de plus de 2000 kms de long prend sa source dans une province du Canada et arrose la capitale de l’état : Portland. Nous traversons des forêts de sapin de Douglas (notamment), cet arbre qui ne nous quittera pas pendant la semaine à venir. Le sable est blond. Il est froid parce que l’eau océanique est également glaciale. Les vagues s’écrasent sur le bord sans aucune retenue mais sans violence par ce temps calme. Aucun surfeur n’ose troubler leur bruit régulier. Nous profitons de ces espaces larges et paisibles pour laisser nos traces éphémères en guise de témoignage de notre présence respectueuse. On pourrait rester là quelques heures, le ciel est changeant, pris par des brumes puis percé d’un rayon de soleil. Il y a dans la lumière une pureté enivrante. En fin de journée la côte est plus belle encore, jouant des ombres portées d’ailes de pélican et dans les cimes des arbres qui bordent les plages.

La route nous mène ensuite vers notre étape nocturne. Rockaway Beach, elle aussi, accueille quelques gros rochers à quelques encablures de son rivage. Le motel qui est vraiment bord de mer, nous donne l’occasion de contempler un vrai coucher de soleil. Ce soleil qui vogue vers l’Asie qu’il réveillera dans quelques heures et qui, malheureusement ce soir, est en partie caché par une couche nuageuse.
Le bleu est la couleur du Pacifique. Assurément nous avions été submergés par les nuances d’ocre et de jaune des terres arides et hostiles des déserts traversés. Plonger nos yeux dans ces bleus est apaisant. L’Oregon n’est pas défini par ses plages. Pourtant il serait dommage de ne pas les parcourir, au fil des haltes et des points de vue qui s’offrent à nous.