Bonjour gentil robot ! Pourrais-tu me dire qui sont ton papa et ta maman ? Es-tu perdu ici dans ce musée des sciences ou es-tu simplement de passage ?
Alors que nous entrons dans ce grand bâtiment au milieu d’une foule de familles à têtes blondes, nous ressentons comme un doute… Est-ce vraiment une exposition intéressante sur les avancées de la recherche mondiale en matière de robots qui nous est proposée ou plus prosaïquement une vision globale des progrès de la science, résumée ici par nos amis suédois ? Après une ou deux salles très généralistes ou se côtoient avions, machines à vapeur et révolution industrielle tardivement arrivée dans un pays jusque là essentiellement agraire et très peu urbain, nous entrons dans le vif du sujet : depuis quand l’homme cherche-t-il à produire un objet / une machine qui lui ressemblerait ou serait doter de ses capacités ?

Ce qui est assez fascinant dans cette entrée en matière, c’est le rappel de cette quête inscrite dans notre histoire en parallèle de la découverte du corps humain et de son fonctionnement. Dès lors que nous sommes devenus curieux de savoir comment nous sommes construits à l’intérieur, quels sont les mécanismes qui nous permettent tant de prouesses physiques, nous avons tenté de les reproduire. Ainsi tous les mécanismes ont contribué au développement de la recherche en robotique. Les mécanismes horlogers en sont un excellent exemple. Pour reproduire le temps, nous avons mis au point des pendules, des montres puis des horloges astronomiques d’une incroyable précision. Les automates sont apparus aussi comme magiques aux yeux du peuple, tant il étaient capables de mimer certains gestes de l’homme.
Mais la recherche a pris son envol dès que l’on a commencé à mettre au point des capteurs. Sans capteur, un robot n’est rien. Il lui en faut pour voir, pour entendre, pour ressentir ou appréhender les mouvements du sol sur lequel il devient mobile. Bref, la performance du robot est directement liée à deux domaines techniques : la puissance et la miniaturisation des calculateurs (et du stockage des informations) et la sensibilité des capteurs. Or l’humain, bien qu’ayant progressivement perdu l’usage fin de ses sens, est tout de même extraordinaire ! Pensez à la sensibilité de vos doigts, de vos pieds et de la fantastique capacité d’analyse de votre cerveau, à chaque nanoseconde, capable de vous indiquer le dur ou le mou, le chaud ou le froid, la nécessaire et juste pression exercer sur un objet pour s’en saisir, etc… Magique non ?

Ce qui a retenu mon attention et provoqué une sorte d’épiphanie (n’ayons pas peur des mots), c’est l’observation des réactions et du comportement des enfants face à un mécanisme pourtant simple, qu’ils pouvaient actionner en pressant un bouton. Un main surgissait alors comme pour attraper celle de l’enfant. Et l’expérience anodine émettant un bruit sec, sa répétition s’entendait dans toute la salle. Je me rendis compte que tous les enfants qui passaient devant, appuyaient des dizaines de fois sur le bouton, sans jamais se lasser de ce qui me semblait pourtant une très basique expérience. La pédagogie est l’art de la répétition, me suis-je souvenu immédiatement ! Les enfants répètent l’expérience pour la comprendre ! Simple non ? Très exactement comme ce que nous appelons un peu rapidement l’intelligence artificielle, ou encore le machine learning. La machine apprend en répétant un nombre de fois suffisant (à déterminer), et enregistre ensuite la bonne réponse. Notre vitesse d’apprentissage est évidemment bien supérieure à celle des machines actuelles, mais pour combien de temps ?

Nous entrons enfin dans la salle où sont rassemblés les robots développés par un grand nombre de pays dans le monde. Intéressant de constater que la machine austère et même effrayante, a cédé la place à un robot humanisé, par l’ajout d’une simulation de visage, ou même comme pour le japon, par une reproduction très fidèle d’une jeune femme. Car sans visage, sans expression faciale, le robot nous fait peur. Et nous, les humains, n’avons aucune envie de converser avec un robot qui n’aurait aucune capacité à exprimer ses émotions, voir à ressentir les nôtres.
C’est la conclusion de cette exposition passionnante, ici à Stockholm ! Il reste énormément à faire pour rendre le robot tout à la fois, intelligent et sensible. Les aimerons-nous un jour ? Seront-ils froids et rigoureux comme les hivers suédois, ou inexpressifs comme le souhaitent les traditions orientales ? A quand un robot clown, farceur et rieur, capable de nous faire rêver et d’inventer de belles histoires ?…
Plus de photos de l’exposition dans la page « Art et Culture » –