Dernière halte avant le retour vers notre douce France, nous sommes dans la capitale thaïlandaise pour 2 jours et 3 nuits autour de la pleine lune que d’autres fêtent sur une île. Un roof top asiatique de plus dans notre périple au plus près du ciel mais de gros nuages chargés de pluie tropicale pour finir un voyage unique.
La Venise d’Asie se laisse découvrir à bord d’un bus flottant qui passe d’une rive à l’autre, dans un tumulte massif mêlant ronflement du moteur, sifflet du type qui gère les montées et descentes des passagers et avertisseurs des autres embarcations déboulant en tout sens sur le fleuve.
Quand l’eau ne coule pas dans les innombrables canaux de la ville, elle arrose joyeusement ses jardins, ses avenues encombrées de voitures et de deux-roues. Un tour de Palais Royal permet de recadrer nos connaissances de l’histoire du pays et des dynasties qui ont pris place sur le trône jusqu’au tout récent roi dont le portrait flatteur figure un peu trop partout dans la cité. Le Bouddha d’émeraude est exposé comme la plus belle et importante œuvre dédiée à la religion de la région et vénéré par tous les habitants. Il est là, tout en haut d’un empilage de statuts dorées, intimidant et lumineux. Comme chaque fois nous avons laissé nos chaussures et autres accessoires clinquants à l’extérieur du temple et tentons de nous montrer humbles et respectueux à ses yeux. Cette spiritualité nous pousse à ce dénuement de l’âme, et c’est encore plus évident, lorsque nous entrons au Wat Pho où s’allonge un bouddha de 20 mètres de long.

Immense et éblouissant d’or, il est une invitation à la donation. Nous versons une à une ces pièces de monnaie dans des gobelets dans une procession tintinnabulante qui nous impose son temps. Plus tard, nous goûtons d’une espèce de crêpe fourrée de salade de poulet à la thaï en nous asseyant au milieu des locaux. Ici on ne mange pas debout ni en marchant dans la rue. Certains codes culturels résistent au dictat de l’occident.
Bangkok est une ville encombrée de tout. De touristes et de groupes chinois, de tours poussant n’importe où et n’importe comment, de véhicules en tout genre (le tuktuk est encore en fonction) et de temples ou de monastères. On passe du bonze orange à l’uniforme militaire, comme du business financier aux échoppes chinoises et bariolées, en un instant. La ville semble insaisissable et ne nous retient pas. Comme ces amas de feuilles de nénuphar flottant sur le fleuve, comme des milliers de bécanes se déversant dans les rues, comme cette foule arpentant les gigantesques centres commerciaux, la vie s’écoule sans aucune pause et sans attendre notre accord.

Seule une respiration littéraire nous extrait de cette effervescence. Il est l’heure de rentrer. Regarder dernière nous est un peu effrayant tant Bangkok semble loin de Moscou, d’où nous sommes partis sans savoir ce qui nous attendait.
Il nous sera désormais impossible d’être ceux que nous étions avant toutes ces rencontres, toutes ces nuits à attendre le jour qui a, chaque fois, rempli nos yeux de tant de surprise et de joie.