Nous ne doutons pas de la curiosité de nos lecteurs ici, mais nous avons eu envie d’en savoir davantage sur la deuxième plus grosse municipalité chinoise (et oui, derrière Chongqing!), devenue emblème de la croissance économique à deux chiffres du pays. Une visite de la Perle de l’Orient, cette tour si particulière, demande un effort puisqu’il faut y faire la queue pendant plus de deux heures pour accéder aux étages intéressants (on monte ici seulement à 350 mètres, à comparer avec les 626 m de la Shanghai Tower voisine et qui est aujourd’hui la deuxième plus haute tour au monde après la Burj Khalifa située à Dubai). Le spectacle est tout de même au rendez-vous avec notamment la plateforme en verre qui permet de voir en dessous de soi et qui peut donner un léger frisson…

Mais le plus intéressant reste la visite du musée de la ville, une fois revenu au niveau zéro, et, faut-il vous le préciser, débarrassé d’une trop importante foule de visiteurs. Une reconstitution des rues, des boutiques, des ambiances de la ville entre les années 1850 et 1950 nous y attend. De très belles maquettes, bien mises en scène et de très nombreux personnages en taille réelle, permettent de s’imprégner de l’esprit de la ville. Shanghai est devenue une concession internationale (et la France y a établi la sienne), suite à des négociations suivant la guerre de l’Opium en 1842. Les américains et les anglais en tête, ont été « obligés » de construire de très nombreux logements pour assurer le développement de la cité. Aujourd’hui 24 millions d’habitants peuplent cette mégalopole en passe de redevenir le centre financier de l’Asie (et sans doute du monde – à ce propos la bourse de Shanghai n’a ouvert ses portes qu’en 1990). Elle jouait déjà ce rôle en 1920 mais le Japon, envahisseur en 1937, avait alors réduit l’influence de Shanghai pourtant élevée au statut de municipalité en 1930 par le gouvernement (un statut équivalent à celui d’une province en Chine). Puis la victoire de Mao sur les troupes de Tchang Kai-Chek en 1949 suivant l’occupation de la ville par des troupes étrangères ont lourdement fait décliner l’activité de la cité.

Aujourd’hui Shanghai est directement responsable d’un huitième du PIB chinois (12,5%) pour seulement 1,5% de sa population ! L’ancien président chinois Jiang Zemin fut aussi maire de la ville et ceci explique notamment la renaissance de la perle de l’Orient. Un dynamisme extraordinaire incarné par Pudong, la rive de la rivière Haungpu qui voit fleurir les plus belles tours du pays. Le métro qui s’est enrichie de 10 nouvelles lignes en quelques années est devenu le 3ème réseau mondial. Toutes les grandes marques internationales se ruent sur la ville centrale de l’économie chinoise et les expatriés sont nombreux à côtoyer les malls commerciaux de l’historique Nanjing Road.

Mais revenons un moment au coeur de notre musée et savourons la rencontre avec ce qui faisait l’authenticité et la particularité de ce comptoir de la mer de Chine. Jeu, opium et prostitution sont encore au début du vingtième siècle les ressorts de l’attractivité de Shanghai aux yeux des voyageurs et des marins du monde entier. La ville a même été qualifiée de « plus grand bordel du monde » ! Ce qui est assez étonnant, c’est de le constater dans ce parcours reconstitué, dans un pays qui souhaite contrôler son image. A coté de commentaires relatant la misère imposée par les méchants colonialistes impérialistes, on comprend que le commerce s’est épanoui sous toutes ses formes les plus cachées ou les plus insolites. On ne vendait pas seulement du poisson sur le marché, mais peut-être aussi quelques sirènes au milieu des couleuvres…

La place des marchands dans le développement économique d’un pays est essentielle. On n’apprendra pas aux chinois à faire du commerce ! Shanghai est bien là pour nous le rappeler…