Après Irkoutsk le train prend soudainement une allure plus nonchalante. Il se met à suivre les courbes dessinées par le lac le plus profond et contenant le plus d’eau douce d’Europe et même du globe : le lac Baïkal. Autant dire que la ville étape est très touristique y compris pour les russes qui viennent y passer leurs vacances estivales. Notre train prendra d’ailleurs quelques nouveaux voyageurs après en avoir laisser descendre d’autres, prêts à passer quelques jours au bord d’une eau d’une belle transparence. Pourquoi pas nous ?

Principalement parce que nous irons voir un autre lac (certes un peu plus petit mais tout aussi réputé) au Nord de la Mongolie et que rester une semaine dans des bungalows conçus pour les familles russes, à piqueniquer ou à pêcher n’est pas trop notre truc…
Alors nous restons à bord et regardons le lac défiler sagement sur notre gauche. Pas de panique ! Pour les photographes, les wagons de première sont alternés dans leur implantation, avec en conséquence un fin couloir à gauche pour l’un et à droite pour l’autre. Ceci permet de pointer son objectif à travers la fenêtre quelle que soit la distribution des beautés du paysage. De nombreux vacanciers osent mettre leurs pieds dans l’eau (certains se baignent dans ces températures sibériennes) et se sont installés sur les rives ensoleillées. On se croirait à Annecy (non je plaisante, il y a nettement moins de monde ici).

A Oulan-Oude, notre train reste à quai plus longtemps qu’à l’habitude, pour cause de changement de locomotive. Nous comprenons plus tard que la voie n’est plus électrifiée au-delà de cette ville majeure de la région et lieu de bifurcation vers la Mongolie. Les trains transsibériens continuent droit vers l’Est pour rallier au bout du continent Vladivostok. Ce stop nous donne l’opportunité de discuter avec un couple français. Bien plus téméraires que nous, ils ont découpé leurs voyages en Russie en prenant plusieurs trains et d’ailleurs, nous rejoignent ici, à Oulan-Oude, une ville où nous n’aurions pas eu idée de passer plus d’une demi-heure à la gare… En consultant le plan de la ville ornementé des « principales attractions », nous sommes confortés dans nos choix, car hormis une statue de Lénine et un musée sur la vie locale, ajoutés à une église à coupoles bleues, il faut bien se rendre à l’évidence que seul le lac est un sujet d’exploration.

Nous voilà dans la dernière journée à bord de notre cabine, et nous commençons sérieusement à avoir des fourmis dans les jambes. Les pistes qui bordent la voie de chemin de fer, nous invitent à les rejoindre, ce que nous ferons bientôt, dès la frontière derrière nous, dès notre arrivée en Mongolie centrale. Mais nous profitons aussi d’une belle lumière et de paysages (enfin) plus variés, où se mêlent collines et villages, lacs et usines ou centrales électriques non sans une certaine élégance. Les gens sont différents au sud du lac Baïkal. Nous sommes bien en Asie depuis longtemps (Ekaterinbourg marque la limite des continents), mais c’est désormais lisible sur leurs visages. Les maisons, elles, sont toujours en bois. Les vallées sont destinées aux pâturages et nous voyons de nombreux troupeaux y paître en toute quiétude.

Nous avons du mal à croire que nous venons de dépasser la borne des 5700 kms ! Jamais nous n’avions couvert une telle distance dans un même pays et d’une seule traite, et encore moins en train. C’est réellement une expérience unique et sans une certaine maitrise des enjeux d’organisation, le voyage aurait été tout autre… Il ne manquerait plus que quelqu’un apprenne à nos amis chinois que « soft » est censé signifier moelleux lorsqu’il s’agit de qualifier nos couchettes, et nous aurions adoré poursuivre l’aventure pour plusieurs jours…
Rendez-vous demain en Mongolie !