La vie à bord du train numéro 4 est agréable. Oui nous en sommes les premiers surpris et il nous a fallu un peu de temps pour nous en rendre compte, mais traverser un continent à une allure paisible mais relativement constante installe un rythme dans le voyage et la découverte. Chaque heure passée à admirer les étendues immenses de forêts de bouleau par exemple, apporte un peu plus de sérénité à bord du train. Nous sommes installés dans notre cabine pour deux (avec douche) et nous y avons aussi trouver notre place (les bagages réduisant encore l’espace disponible, il n’est pas difficile d’imaginer qu’une organisation rigoureuse est nécessaire).

Comme nous roulons vers le Nord puis l’Est de la Russie, le soleil est très présent et vient chauffer la vitre de notre fenêtre intérieure assez tôt le matin puis presque toute la journée. Vers 10h il est temps de sortir de nos couchettes pour rejoindre le wagon restaurant où une équipe de trois femmes russes sert les voyageurs de toutes les nationalités en s’aidant d’une carte / menu fort heureusement bilingue (elles ne parlant que le russe). Ce rituel matinal est précédé d’un autre plus intime : la douche ! Quel luxe ! Il faut avertir ceux qui en nous lisant auraient soudainement l’envie de partir dans cette aventure, il semble que seul le train numéro 4 (chinois donc) soit encore équipé de douches dans les cabines de première classe (à deux couchettes uniquement). Le mince filet d’eau froide (mais très supportable) est un pur bonheur et nous permet d’être aussi propre qu’à la maison (ou presque – n’oubliez pas vos tongues pour entrer dans la douche, ni de fermer la porte d’accès de la cabine voisine).

Dans la journée, nous passons de longs moments à contempler le paysage très vert et boisé qui défile, impassible et d’où sont bizarrement absents les animaux. La fenêtre du couloir ouverte permet aux amateurs de prendre quelques clichés pour immortaliser leur parcours (voir notre rubrique Galerie Photos). Mais si vous osez sortir la tête par la fenêtre, vous ferez vite attention à ne pas être surpris par les trains de marchandises que nous croisons environ toutes les cinq minutes ! Cette ligne est tellement fréquentée que nous comprenons mieux pourquoi le train numéro 4 n’a jamais une minute de retard sur l’horaire prévu, et ce pendant les plus de 5000 kilomètres qui le séparent de sa destination finale : Pékin. Performance éblouissante, nous arrivons et nous repartons de toutes les gares étapes, exactement à l’heure ! Aussi lorsque notre chef de cabine chinois nous prévient qu’il y aura 10 minutes d’arrêt, il entend nous avertir qu’il ne s’agit pas de musarder dans la gare à la recherche d’un paquet de biscuits, le train partira y compris sans nous.

Tout le monde le sait à bord, il faut prévoir sa nourriture au départ de Moscou pour les 5 jours (ou 7 si vous allez jusqu’à Pékin). Dans notre wagon, les odeurs de cuisine se succèdent selon les goûts des habitants éphémères. Le samovar permet de réchauffer des nouilles chinoises mais aussi toutes sortes de soupes ou de plats lyophilisés. Nous avons emporté des tas de choses qui donnent un peu de variété à nos repas (y compris du jambon, du saucisson, et du fromage). Hier soir pourtant, nous étions nombreux à profiter d’un temps d’arrêt plus long pour envahir le supermarché local à quelques mètres de la gare. Et chacun d’acheter une bière fraiche ou des fruits, des gâteaux ou du pain noir ! C’est davantage une distraction qui nous unit un court moment, qu’une obligation ; ceux qui le souhaitent, peuvent aussi boire une bière au restaurant du train.
Plus tard, nous regardons une série sur Netflix (que nous avons pris le temps d’enregistrer à Paris) et tous les voyageurs sont équipés des adaptateurs (pas nécessaires dans ce train chinois qui propose du 220v) et autres prises multiples pour recharger téléphones et ordinateurs. Chaque ville croisée offre la 3G au réseau et si, comme nous, vous avez acheté une carte SIM russe, vous pourrez vous connecter et alimenter votre blog ou lire vos mails.
Ah ah ! Nous sommes partis loin dans la Sibérie mais internet nous garde en contact avec la civilisation et les réseaux sociaux ! Ouf !