Nous avons expliqué plusieurs fois ce projet à des moscovites rencontrés à l’hôtel ou au hasard de rencontres, et les yeux écarquillés de nos interlocuteurs montrent bien que le trajet est rare. Relier Oulan Bator en train en partant de Moscou, ne sera pas de tout repos. Nos dernières ballades dans la capitale furent ainsi orientées par les préparatifs d’un parcours de 4 jours et 5 nuits dans un train ! Une couchette privative pour deux personnes, et un équipement déjà très bien agencé, laissaient tout de même en suspens quelques interrogations : comment allions-nous pouvoir nous laver ? Quels repas seraient proposés par le fameux wagon restaurant ? Comment faire pour rentrer tous nos bagages (même réduits à deux gros sacs plus 2 autres sacs à dos) dans cet espace exiguë où nous devions vivre en toute intimité ?

Alors lorsque l’heure du diner approcha, puis céda la place à celle d’un transfert vers la gare, nous étions forcément un peu inquiets. Rien de sérieux, non, mais malgré tout, ce sentiment d’excitation qui précède les aventures d’un voyage, était bien présent en nous. Le taxi ne fit rien pour le dissiper, sauf à considérer que sa conduite ultra-sportive pour parcourir les 2 kilomètres nous séparant de la gare, puisse être un moment de détente. Si nous vous décrivons le type patibulaire qui resta dans la voiture pendant que nous chargions les bagages dans son coffre sous la pluie, si nous ajoutons à ce portrait son envie de nous larguer de l’autre côté de la dépose minute pour éviter de faire la queue dans la file d’attente, et qu’il garda la monnaie s’octroyant ainsi un ridicule pourboire de quelques 40 centimes, vous aurez compris que l’amabilité russe est parfois fluctuante.
Encore 40 minutes à attendre pour enfin découvrir ce train que l’on nous a décrit comme chinois mais que nous espérons plutôt propre comme les russes l’assurent (eux qui sont de ce point de vue inégalables !). De petits groupes de voyageurs se sont rassemblés, leurs sacs prêts et chargés de victuailles pour tenir la longue route qui nous sépare de la Mongolie (ou de la Chine selon les destinations de chacun). L’heure approche, et une pluie fine finit de tomber sur Moscou, donnant une tonalité toute soviétique à ce départ. Le train numéro 4 pour Pékin est annoncé sur le quai numéro 3. Nous y filons déterminés mais tranquilles.

Effectivement le train est chinois et les visages des « stewards » en bleu ciel ne laissent aucun doute sur leur origine. Nous grimpons dans le wagon 9 pour rejoindre nos places 3 et 4 et découvrons au passage une cabine réservé à l’équipage dans un sale état… Mais tout n’est pas perdu puisque nous avons l’heureuse surprise de comprendre rapidement qu’une douche est directement accessible depuis notre cabine (même si nous la partagerons avec la cabine de nos deux voisins suédois). Soulagement ! Nous aurons donc la chance de ne pas voyager dans notre crasse ; important détail car à ce moment nous imaginons que le ventilateur placé dans la cabine et l’impossibilité d’ouvrir notre fenêtre signifient que la climatisation n’est pas au programme…

Nous installons nos couchettes avec les draps (plutôt propres) fournis par le chef de wagon, et vers 1h du matin (une heure après notre départ de Moscou), nous tentons de nous endormir… Pas évident sur ces banquettes (théoriquement « softs ») du genre planche de bois recouverte d’un tissu matelassé rouge, ni dans le bruit que fait ce train qui plafonne à 70 kms/h dans la nuit russe. Enjoy !
La nuit viendra et nous sommes heureux de vivre ce moment unique au cœur des forêts russes, lorsque le jour se lève et emplit de lumière notre habitat roulant…